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Stéphanie, EJE dans une crèche Montessori au Royaume-Uni

Article publié dans "Rencontres" le 14/06/2013 - Mis à jour le 21/02/2014

Il y a un peu moins d’un an, son diplôme d’éducatrice de jeune enfant à peine en poche, Stéphanie a décidé de tenter l’aventure et de débuter son parcours professionnel outre-Manche, dans une crèche particulière qui plus est, car appliquant la pédagogie Montessori.

Stéphanie, EJE au Royaume-Uni - Rencontre
Dans la crèche de Stéphanie, une place très importante est donnée aux sorties et à la découverte de la nature (Boudewijn Berends/CC-by)

Preuve que le métier d’EJE se nourrit des ambitions et des audaces de ses diplômés ; Stéphanie est partie s’installer au Royaume-Uni, se pliant ainsi à de nouvelles règles, normes et pratiques. Histoire de pimenter davantage la chose, Stéphanie s’est tournée vers les crèches Montessori. Une belle aventure en perspective.

Une formation parisienne

Arpentant les bancs de l’école de formation de Saint-Honoré rue de Romainville, dans le 19e arrondissement de Paris, Stéphanie a ensuite choisi le Royaume-Uni.

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de tenter votre chance ailleurs ? Et pourquoi le Royaume-Uni en particulier ?

Le fait d’avoir quitté la France n’était pas un choix personnel de carrière, mais une décision de couple afin de suivre mon conjoint. Cependant, j’aimais l’idée d’aller explorer le monde de la petite enfance dans un autre pays et nous avons donc traversé la Manche l’un après l’autre, en juillet 2012.

Vous travaillez en crèche, s’agit-il d’un choix définitif ou souhaiteriez-vous par la suite exercer dans d’autres milieux, tels que les hôpitaux ou les centres de loisirs… ?

Je ne sais pas si cela sera définitif. Si j’étais resté en France, j’aurais aimé m’orienter vers des structures plus spécialisées telles que les IME et lieux d’accueil parents-enfants. Cependant, lorsque l’on change de pays, certaines barrières telles que la langue, le manque de connaissance des différentes structures… nous font face. De plus, les formations étant différentes au Royaume-Uni, je ne suis pas sûre de pouvoir exercer dans le milieu spécialisé ici.

J’ai récemment découvert les centres des enfants (children’s centre) qui regroupent différents services pour les familles (crèche, groupe de support, cours de parentalité…), j’aimerai bien m’y orienter plus tard.

Un fait ou une rencontre qui vous a particulièrement marqué durant votre formation ?

Beaucoup de choses m’ont marqué pendant la formation. C’est une formation qui « bouscule », laisse des traces et nous fait évoluer. Je pense à deux choses en particulier : mon stage à l’IME auprès d’enfants déficients intellectuels et ma rencontre avec l’équipe de la crèche familiale à inspiration Loczy dans laquelle j’ai effectué mon stage DC1.

Good morning England

En poste depuis le mois de septembre 2012 Stéphanie rapporte sur son blog petitesmainscreatives.blogspot.fr, les particularités du métier d’EJE à l’anglaise.

Comment s’est passée la transition de jeune diplômée française à professionnelle britannique ?

Plutôt bien. Beaucoup de découvertes linguistiques, pratiques et culturelles. Je me suis très vite aperçue que ça n’allait pas être facile tous les jours, en tant qu’EJE française,car bien que les crèches aient en commun l’accueil, le fonctionnement y est bien différent des établissements français.

La crèche dans laquelle je travaille est d’inspiration Montessori, aucune formation particulière ne m’a été demandée.

Quelles sont, pour vous, les plus grosses différences entre le système de crèches français et le système britannique ?

La majorité des crèches sont privées ici, c’est-à-dire gérées par des personnes physiques sans obligation de diplôme dans la petite enfance. Dans ce cas, ces personnes ont pour obligation d’employer un manager diplômé dans la petite enfance, ce qui implique des coûts élevés pour les parents.

Les crèches semblent être en nombre ici et je suppose que les critères d’attribution de place diffèrent selon les établissements. Je pense également que l’offre et la demande diffèrent probablement en fonction du lieu d’implantation.La bonne nouvelle en arrivant ici fut de découvrir leur taux d’encadrement. Le ratio est de 1 adulte pour 3 enfants de moins de 2 ans, un adulte pour 4 enfants entre 2 et 3 ans et un adulte pour 8 au-delà de 3 ans. Les crèches anglaises accueillent les enfants entre 3 mois et 5 ans.

La crèche dans laquelle je travaille est divisée en trois unités : les babies (-18mois) ; les toddlers (18 mois — 2ans1/2, 3ans) ; les preschool (2ans1/2, 3 ans — 5 ans). Les admissions se font tout au long de l’année en fonction des places disponibles.

Le fonctionnement hiérarchique y est également différent. Nous retrouvons :

  • la directrice (propriétaire de la crèche),
  • la manager (l’équivalent de la directrice en France),
  • la deputy manager (l’adjointe en France),
  • puis, dans chaque unité/section, une room-leader et des nursery-nurses.

Certaines crèches ont entre ces deux niveaux hiérarchiques des seniors nursery-nurse.

La room-leader dirige la section. C’est elle qui veille au bon fonctionnement de la section, qui répartit les tâches, elle peut planifier les activités seule ou en équipe. La senior nursery-nurse est le bras droit de la room-leader.

Je n’ai pas assez d’expérience ici pour parler en généralité, mais j’ai le sentiment que la notion d’équipe n’est pas la même qu’en France. Travailler en équipe est pour moi important et c’est pour cela que j’essaie de mettre en place des réunions de section au sein de la crèche où je travaille, ce qui se met très gentiment en place.

Une autre grande différence est que chaque nursery-nurse est référente d’un groupe d’enfant. Cela implique de tenir à jour les cahiers de vie des enfants dans lesquels nous collons des photos de l’enfant en activité, en jeu et où nous expliquons ce que l’enfant fait, a fait, a acquis en lien avec les EYFS (Early Years Fondation Stage).

Les EYFS sont des points/étapes de développements regroupés dans un tableau divisés en six sections : développement personnel, social et émotionnel ; développement physique ; communication et langage ; littérature ; mathématiques ; compréhension du monde ; expression artistique et créative.

Le métier d’éducateur de jeunes enfants reste très méconnu et « mal connu » en France, qu’en est-il outre-Manche ?

Malheureusement, le métier d’EJE tel qu’il existe en France n’existe pas outre-Manche. Le système de formation est très différent en comparaison à la France et j’ai encore du mal à m’y retrouver moi-même.

Si j’ai bien compris, les professionnels (le) s de la petite enfance effectuent leur formation au sein d’un « college » d’apprentis.

Suite à leur formation, elles obtiennent un NVQ [pour « National Vocational Qualification », soit, en français, un diplôme national de qualification professionnelle] level 2 [de niveau 2] et peuvent poursuivre un NVQ level 3 qui semble s’apparenter à un apprentissage/diplôme par VAE.

En arrivant j’ai demandé l’équivalence de mon diplôme auprès du Naric , qui m’a renvoyé un document m’informant qu’étant donné la nature de mon diplôme il ne pouvait le comparer directement à un NVQ level. Cependant mon diplôme est comparable à un autre diplôme le BETEC Higher National Diploma qui lui correspond à un NVQ 4 ; je suis donc reconnue NVQ 4.

D’après les offres d’emploi que je peux lire, les niveaux demandés sont généralement un NVQ 2 ou 3.

La pédagogie Montessori en action

Démarrer une carrière à l’étranger, ça n’a rien d’évident, pourtant Stéphanie va encore plus loin, en travaillant dans un établissement calé sur la pédagogie Montessori.

Quelles sont les principales caractéristiques d’une crèche Montessori, par rapport à un établissement classique ?

En Angleterre, la plupart des crèches sont des crèches basées sur les principes Montessori.

Au sein de la crèche dans laquelle je travaille, cela se retrouve principalement au sein de la section des preschoolers. Ils utilisent du matériel et technique Montesssori, l’agencement de leur salle est également disposé telle une classe Montessori (regroupement/rangement du matériel), mais la place pour le jeu et la créativité y est importante. Nous retrouvons également du matériel Montessori au sein de la section des toddlers.

Avez-vous pu expérimenter d’autres systèmes pédagogiques tels que Freinet ou Steiner ? Et si oui quelle est celle que vous préférez, qui vous semble la plus adaptée à l’enfant ?

Durant ma formation, nous avons abordé les différentes « nouvelles pédagogies » et j’ai réalisé un stage en école Montessori et un autre au sein d’une crèche familiale dont le projet d’établissement est inspiré des pratiques de Loczy.

Ces deux courants pédagogiques,et peut être plus particulièrement Loczy, sont présents dans mes pratiques quotidiennes. Je ne pense pas qu’une pédagogie soit plus adaptée qu’une autre, mais que cela dépend de la tranche d’âge avec laquelle je travaille.

Une crèche au grand air

La particularité de la crèche où je travaille est d’être une « forest nursery ».

Les « forest school » sont des établissements qui favorisent l’enseignement via l’extérieur, à travers ce que la nature nous apporte. Cela se traduit de différentes manières au sein de la crèche.

Nous allons tous les jours en promenade avec les bébés et les toddlers. Les bébés sont en poussette et les toddlers marchent à coté. Pendant ces promenades nous parlons de tout ce qui nous entoure : les couleurs, formes et tailles, les différents bruits, les dangers, les animaux… Nous nous arrêtons souvent pour nourrir les canards du village et dès que nous arrivons dans la forêt ou dans les champs les bébés descendent des poussettes et peuvent ainsi explorer autour d’eux. Les toddlers peuvent également courir, explorer et jouer.

Les toddlers les plus grands et les prescholers partent en forest school tous les jours également, accompagnés d’éducateurs ayant une formation « forest school ».

Ils vont plus loin dans la forêt et s’inspirent de tout ce qui les entoure pour découvrir et apprendre. Ils ramènent des trésors à la crèche comme des ossements d’animaux par exemple, parfois ils font des feux de bois, pêchent à l’épuisette et bien d’autres choses encore !Nous sortons tous les jours, par tous les temps (excepté en cas de danger comme l’orage) grâce à notre équipement waterproof.

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