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Jérémy, futur éducateur de jeunes enfants

Article publié dans "Rencontres" le 03/05/2013 - Mis à jour le 21/02/2014

Après Laura, c’est au tour de Jérémy de répondre aux questions d’AlloCreche. Pour Jérémy, le titre d’éducateur de jeunes enfants (EJE) est tout proche puisqu’il vient d’achever sa troisième et dernière année d’étude au CRFPE de Lille.

Jérémy, futur éducateur de jeunes enfants - Rencontre
Un futur EJE dans le bain (© Jérémy Styns)

Deux EJE, deux formations, deux approches

Il y a quelques semaines, Laura nous exposait son parcours et ses aspirations en tant que future EJE. Cette fois-ci, c’est Jérémy, en formation au CRFPE de Lille et également très présent sur la toile, qui s’y colle.

Acteurs socio-éducatifs de premier plan, les éducateurs de jeunes enfants souffrent néanmoins d’un manque de reconnaissance certain. Au final, la formation d’EJE semble encore méconnue du grand public. Comment avez-vous découvert ce métier ?

La profession est assez méconnue du grand public en effet… Peut être à cause des nombreuses mutations qu’elle a subi depuis sa naissance. Nous sommes passés de la « jardinière d’enfants » au XIXe siècle, au diplôme d’« éducateur de jeunes enfants » en 1973. C’est assez jeune 40 ans pour un diplôme je trouve. Et puis, c’est une formation et une profession qui bouge toujours actuellement et qui peine, parfois encore, à trouver ses marques. Du coup, comme bon nombre de personnes, je ne connaissais pas les EJE.

Au début, effectivement, j’avais le rêve de devenir professeur des écoles (pouvoir lancer des craies à travers la classe, mettre au coin… non je rigole… ou pas : p). Je suis alors entré en licence, mais je n’ai « tenu » que deux années avant de finalement abandonner. À côté de ça, je faisais beaucoup d’animation et j’ai eu envie ensuite de me professionnaliser dans le domaine. Du coup, j’ai longtemps cherché avant de tomber d’abord sur la profession d’éducateur spécialisé, mais ça ne me correspondait pas tellement. Je voulais un métier plus ciblé sur l’enfance.

C’est un peu par hasard que j’ai découvert ensuite la profession d’éducateur de jeunes enfants. Eh oui, il faut bien distinguer la profession d’éducateur spécialisé et celle d’éducateur de jeunes enfants. La formation n’est pas la même et nous sommes plus ciblés petite enfance et nous n’intervenons pas dans les mêmes structures, même si, là aussi, ça bouge beaucoup en ce moment.

C’est au CIO (centre d’information et d’orientation) de ma commune que des conseillères m’ont présenté la formation. Elles m’ont effectivement proposé de m’inscrire au concours qui devait avoir lieu peu de temps après. Je me suis renseigné un peu plus sur la profession qui semblait alors me correspondre. Je me suis inscrit sans vraiment y croire puisque je n’avais pas trop eu le temps de préparer tout ça, mais mes deux années de licences m’ont beaucoup aidé finalement puisque, avec surprise, j’ai réussi l’écrit. Puis, tout s’est enchainé et j’ai finalement été pris à l’oral pour ensuite intégrer le centre de formation. J’étais ravi !

Quels seraient selon vous les points faibles de votre formation ?

Déjà, le peu de visibilité, je pense.

En effet, avant le CIO, personne ne m’avait parlé de la formation. En plus, dans le Nord, une seule école forme les EJE donc encore moins de visibilité à mon sens. En ce qui concerne la formation en elle même, peut être son organisation actuelle. Comme je l’ai dit précédemment, la profession est en perpétuelle mutation. Du coup, la formation aussi. Les contenus sont très riches et très intéressants seulement, la formation ayant été réformée en 2005, il nous arrive encore d’être perdus à certains moments.

J’ai l’impression parfois aussi que les centres de formation cherchent encore leurs marques. D’ailleurs, ça ne va surement pas s’arranger avec la mise en place en ce moment du système ECTS à la rentrée prochaine… La formation cherche encore son équilibre et ça peut être parfois déstabilisant pour nous étudiants et pour les formateurs aussi j’ai l’impression.

Ses points forts ?

Son point fort, c’est justement son incroyable capacité à s’adapter tout de même en fonction de cette perpétuelle mutation. Nos cours sont rarement en décalage avec la réalité de terrain. Au contraire, ils nous sensibilisent plutôt bien à ce sujet et ils développent du coup chez nous une certaine capacité d’adaptation, car rien n’est figé et cela risque encore de bouger.

Son autre point fort, c’est l’alternance. Pouvoir être un temps en formation et un temps en stage est tellement enrichissant. C’est vraiment dans les structures, auprès des familles et des professionnels que tout prend sens pour nous. En plus, nos stages sont nombreux, avec des durées variables et sur des terrains très diversifiés. Nous côtoyons de nombreux professionnels, ce qui permet de confronter les pratiques, de questionner, de « tester »… afin de découvrir par nous-mêmes quel professionnel nous voulons être. Et c’est ça la richesse de la formation. Bien que nous ayons suivi la même formation, nous sortons tous du diplôme avec des pratiques et des valeurs différentes qui font la richesse du métier, je pense.

EJE, un métier actuel en devenir

Quel est, pour vous, le principal frein à l’exercice du métier EJE tel qu’il existe actuellement ? Certains parlent d’un manque de « pouvoir » ou de « responsabilité » des EJE.

Un manque de pouvoir peut-être ; un manque de responsabilité je ne suis pas certain.

En ce qui concerne le manque de pouvoir, je pense qu’il est très lié aux moyens que l’on nous donne. Je trouve qu’effectivement il arrive à certains moments que nous manquions de moyens (financiers, matériels, humains…). Il y a parfois un décalage entre ce que l’on nous demande de faire et ce que nous pouvons réellement faire avec ce que nous avons (vous comprenez ? ^^). Et encore, en France je pense que nous n’avons pas trop à nous plaindre, comparé à d’autres pays.

Tout dépend des politiques familiales et là encore… ça bouge tout le temps ! Par exemple, aujourd’hui, on demande parfois aux crèches d’accueillir mieux et plus d’enfants… avec les mêmes moyens ou pire, parfois moins ! Tout dépend après des structures, du gestionnaire… Le manque de pouvoir peut aussi être causé par un manque de reconnaissance. Notre métier est malheureusement très méconnu et notre parole peut ne pas avoir toute la légitimité qu’elle devrait avoir, je pense. Nous devons alors batailler pour communiquer et défendre nos idées et nos projets.

En ce qui concerne les responsabilités, je trouve au contraire que les EJE sont de plus en plus responsables de plusieurs choses. Au début sur le terrain avec les enfants, on nous demande de plus en plus d’être du côté « direction » aussi. Nous devons alors gérer de front plusieurs casquettes, ce qui n’est pas évident. C’est pour moi le principal frein aujourd’hui dans l’exercice de notre profession.

Vous venez d’horizons et de parcours différents. Quel est l’aspect qui vous attire le plus dans la profession d’EJE ?

Ce qui m’attire le plus dans la profession c’est sa malléabilité. En effet, nous avons tous un contenu de formation commun, mais à nous de nous l’approprier à notre manière, avec nos expériences et nos valeurs. Chaque éducateur de jeune enfant est différent au final. Et puis, nous sommes relativement libres de mettre en place ce que nous voulons. De ce côté-là, je trouve qu’on nous fait beaucoup confiance. Nous avons des objectifs à atteindre, mais il est propre à chacun de nous de voir comment les atteindre. Je trouve ça très passionnant et très valorisant.

Le métier d’EJE, dans son exercice, nous permet d’être plus à l’écoute et plus respectueux de l’enfant et de sa famille. On peut vraiment prendre en compte leurs besoins, leur rythme, leurs demandes… On peut prendre le temps de réfléchir et de se réadapter. C’est surement un des critères qui m’a le plus motivé à abandonner l’idée de devenir professeur des écoles.

Les EJE sont amenés à évoluer dans de nombreux secteurs (médico-social, sanitaire, loisir, culture...). Quel est le secteur qui vous attire le plus, et pourquoi ?

Pour le moment se sont les structures d’accueil du jeune enfant (EAJE) qui m’attirent le plus, c’est-à-dire la crèche, la halte-garderie, le multiaccueil… Tous simplement parce que je trouve ces structures tellement riches en enseignements ! Et puis… c’est notre cœur de métier alors il faut le défendre ! Dans ces structures, nous faisons un peu de tout. Nous pouvons accueillir une telle diversité de familles et de problématiques. Aussi, je trouve ces structures très chaleureuses, très conviviales, pleines de vie et de découvertes.

Les EJE sont de plus en plus attirés par les milieux dits « spécialisés » et « fuient » un peu les crèches. C’est dommage, il y a tant à faire et tant à défendre ! Je n’exclus pas cependant un jour de travailler dans d’autres types de structures. Tout va dépendre du projet, de mes envies du moment… mais pour l’instant, je suis bien en EAJE. J’ai d’ailleurs un petit coup de cœur en ce moment pour les villages vacances qui proposent des accueils « halte-garderie » aux vacanciers. C’est une structure atypique pour un EJE et ça colle assez bien avec mon désir de bouger, de découvrir et de rentrer des gens. Et puis les projets pouvant être mis en place là-bas sont nombreux et c’est très dynamique.

Dans l’esprit commun, le monde professionnel de la petite enfance reste avant tout féminin. Ressentez-vous une évolution des mentalités autour de vous ?

Il est encore avant tout féminin quand on regarde le nombre d’hommes qui entrent en formation d’EJE. Je suis du coup fier d’en faire partie ! Je pense que les mentalités évoluent doucement, mais ça reste encore difficile, car on considère souvent que seule la femme peut parfaitement « s’occuper des enfants », qu’il existerait un « instinct maternel ». Or, je pense que tout s’apprend, j’en suis la preuve.

Je ne me sens pas moins compétent qu’une de mes collègues femmes. Après, dans la pratique et dans certaines structures, des parents et même certains professionnels m’associent parfois aux activités physiques ou à l’autorité. Mais, passé les premiers jours, ils finissent par se rendre compte que ce n’est pas cas. Je pense que, par ma présence, j’encourage peut-être davantage les pères à investir ces lieux qui peuvent parfois être intimidés au début (je le confirme d’ailleurs. Au tout début de ma formation, lors de mon premier stage, je n’étais pas totalement à mon aise…).

J’ai, pour le moment, eu de très bons retours lors de mes expériences dans la petite enfance où j’ai été accueilli les bras ouverts, autant par les professionnels que par les enfants et les familles. Bon, parfois, ça pose quelques questions, mais après échange, tout le monde est ravi. Lors de mes expériences, il arrive à certains moments que les mères préfèrent poser leurs questions ou se confier à mes collègues féminines, mais c’est assez rare au final.

Ma présence en structure d’accueil du jeune enfant questionne aussi les enfants au début qui pensent que je suis un papa et c’est assez drôle d’ailleurs. Au final, après explication et avec le temps, voyant que finalement je ne compte pas partir et que je m’installe, ça ne leur pose plus de questions. Je pense que par ma présence, je contribue à leur apporter un repère supplémentaire. Ils évoluent ainsi auprès de références féminines et masculines au quotidien et c’est d’autant plus enrichissant pour eux. Je pense aussi contribuer à changer les mentalités liées aux genres et aux stéréotypes. J’ai eu le bonheur un jour d’entendre le frère d’un enfant que nous accueillions en crèche me dire « Plus tard, j’ai envie de faire le même métier que toi ». Je crois avoir versé ma petite larme à ce moment-là… mon côté féminin, je pense…

LE truc qui vous fait hurler en tant que futur professionnel.

Je suis plutôt du genre à rester calme en toutes circonstances donc je n’ai pas pour habitude d’hurler…

Non sérieusement, ce qui me dérange parfois c’est quand je vois certaines personnes se diriger dans la petite enfance en se disant « Bon, je vais aller m’occuper des gosses, il paraît qu’il y a du boulot et puis ça ne doit pas être si compliqué que ça de changer des couches »… Là, j’avoue, je dois me retenir d’hurler !!

Travailler avec les enfants, c’est bien plus compliqué que ça ! Pourquoi ferions-nous trois ans d’études s’il suffisait simplement de changer les couches ? La petite enfance est une période importante dans la vie d’un enfant. Elle se doit d’être accompagnée et pour ça, il faut être formé et surtout être motivé et en avoir l’envie. J’ai rencontré beaucoup de professionnels travailler en petite enfance « par dépit » et c’est triste, car pour moi la petite enfance, c’est la vie, le dynamisme, la joie… et certains ne sont malheureusement pas dans cet état d’esprit et participent parfois à la démotivation de l’équipe et à l’installation d’une certaine routine…

Pour terminer, auriez-vous un conseil à donner aux personnes qui s’intéresseraient à la profession ?

Du coup, je ne peux que leur conseiller de bien se renseigner avant. Comme je l’ai dit précédemment, le métier d’EJE est très méconnu, mais alors… très méconnu ! Avant de vous lancer, renseignez-vous sur le terrain, venez nous rencontrer.

Certains pourraient être surpris. Après je ne dis pas de renoncer, mais juste savoir ou vous mettez les pieds. Et puis, si EJE ne vous convient pas, il existe tellement d’autres métiers liés à la petite enfance qui peuvent, peut-être, vous correspondre. Quant à ceux qui sont déterminés, j’ai envie de leur dire… fuyez ! Non je rigole… Sérieusement, si c’est vraiment ça que vous voulez faire, foncez !!!! On ne devient pas EJE par hasard au final… En fin de compte, je me suis rendu compte que ma place a toujours été là. En tout cas, c’est ce que je ressens aujourd’hui. Ce métier est si fabuleux… (c’est peut être pour ça qu’il est si peu connu… on ne voudrait pas que trop de monde s’y engouffre…).

Une fois dans la formation, je vous souhaite alors de vous y amuser, de prendre plaisir dans ce que vous faites. La formation peut parfois être éprouvante, mais elle est tellement enrichissante. Gardez-vous des moments à vous. Ne restez pas enfermés dans les cours et les travaux de stage, voyez du monde, sortez, lisez, aérez-vous la tête.

Retrouvez les coups de cœur, coups de gueule et impressions de Jérémy sur son blog : ejeblog.tumblr.com et sur Twitter : @ExperienceEJE

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